Les aventures d'un geek français perdu au milieu de nerds indiens

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Trip to Southern Rajasthan (1/2)

Travailler dans une agence de voyages a ses avantages : c’est de pouvoir voyager. Je suis donc parti 5 jours avec deux collègues  : Amandine, travel advisor et Lucie, mon acolyte en communication pour visiter inspecter des hôtels, palais de Maharadjas gonflés d’histoires et de tradition, le long des routes de la campagne indienne, tout ça aux frais de Shanti Travel. Et non, pourtant je n’ai pas gagné le concours du « best job in the world ».

RoadMap

Nous avons pris l’Isore Intercity Express à la gare de Delhi Nizamuddin en direction de Kota. Voyage de 7h plutôt agréable en 3AC si ce n’est les souris qui trottinent sur le sol sous les couchettes. Mais bon, elles restent mignonnes comparées aux rats aussi gros que des chats qu’on peut voir à Delhi. A l’arrivée au milieu de la nuit, on a réussi à retrouver sans trop de problèmes notre chauffeur attitré pour ces 5 jours, qui nous a escorté à bord d’une TATA Indigo vers Bundi, à 1h de la gare et première étape de notre périple.

Our escort : a Tata Indigo

Le jour à peine levé, nous arrivons à l’hôtel Ishwari Niwas Palace, palais qui appartient toujours à la famille du sultan. Après une sieste bien méritée et un petit déjeuner forcément royal, nous nous dirigeons vers le centre du petit village de Bundi et commençons à arpenter ses rues paisibles. Tout les passants nous saluent, c’est très drôle. Les ruelles de Bundi sont magnifiquement colorées : femmes en saris multicolores, turbans rajputs, maisons aux façades bleues… mais aussi les quelques bons côtés de l’Inde comme les porcs qui se baignent dans le caniveau ou encore des vaches dites « sacrées » mangeuses d’ordures.

Nous visitons 3 hôtels de fond en comble, des havelis. Mais qu’est-ce que c’est encore que cette expression indienne? Les havelis sont des grandes propriétés, la plupart vieilles de plusieurs siècles, qui appartenaient à des familles de souverains. Elles ont souvent été le domicile des british pendant le Raj. Cependant, la plupart des havelis sont malheureusement laissées à l’abandon par leurs propriétaires qui n’ont pas les moyens de les entretenir. Ces bâtisses possèdent au moins 2 cours intérieures, pour séparer les hommes et les femmes, de nombreuses pièces, une architecture typique, des fresques colorées décrivant des scènes religieuses, épiques ou du Raj.

Hotel Ishwari Niwas Palace

Hotel Bundi Haveli

Nous avons visité ensuite le Taragarh Fort, qui culmine majestueusement au-dessus de la ville. Il a été construit en 1354 mais n’est plus en très bon état. On y monte à pied par une route pavée plutôt abrupte. C’était ambiance Indiana Jones dans ce palace désert, avec pour seuls compagnons de visite des pigeons et des chauves-souris que l’on semblait déranger pendant leur sommeil.

Bundi Fort

Main Entrance

Notre mission à Bundi achevée, nous avons repris la voiture pour un coin off the beaten tracks à 1h de voiture de là avant d’arriver dans une étendue sauvage, faite de gros rochers, de nappes d’eau, de verdure mais surtout une magnifique cascade qui plonge dans le vide. Les alentours? Un no man’s land où nous étions seul devant le spectacle de l’immensité de la chute d’eau. Nous sommes descendus dans « l’abime » pour nous poser quelques instants sur des rochers au milieu de l’eau.

Cascade Bundi, Upper

Cascade Bundi, Lower

En début de soirée, on est retourné à downtown Bundi où on s’est arrêté chez Sathi, un vieil homme qui, parait-il, vendrait les meilleurs lassis de la ville, peut-être même de l’Inde entière et aussi des gâteaux un peu spéciaux aux noix de cajou et au safran. Le lassi est une boisson rafraichissante traditionnelle du sous-continent préparée à base de yaourt auquel on y ajoute généralement des fruits mais aussi, comme on est en Inde et que les indiens y sont addict, des épices ! Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Pendant qu’on sirotait tranquillement nos lassis, la ville a soudainement été envahie par des sauterelles, dignes d’une plaie d’Égypte. On ne pouvait pas faire un pas sans en écraser plein, ces insectes très maladroits sautaient sur nous en nous faisant sursauter à chaque fois.

Sathi Lassis

Lassi aux sauterelles

Invasion

En rentrant à l’hôtel, on est tombé au milieu d’une procession : une foule qui se presse derrière des reliques, avec de la musique qui résonne dans toute la ville. Mariage ? Religion ? Rave party ? On ne savait pas vraiment mais cela anima notre soirée dans ce pays de traditions que l’on ne comprend pas toujours.

Procession, Bundi

[Fin de la première partie, la suite même heure, même chaîne]

Sur la Route…

« Our battered suitcases were piled on the sidewalk again; we had longer ways to go. But no matter, the road is life. »

Jack Kerouac, On The Road

 

C’est en s’éloignant des zones densément peuplées, en s’éloignant des villes et de ses artères polluées, en s’éloignant du bruit, de la foule mais aussi en s’éloignant du quotidien que l’on peut apprécier l’Inde à sa juste valeur : en empruntant ses routes.

 

On the roads of Rajasthan

Le réseau routier de l’Inde est dense : c’est le 2e du monde avec 3,3 millions de kilomètres de routes dont seulement 2% sont nationales. Parcourir l’Inde en voiture, c’est se perdre dans une immensité de paysages, de couleurs, de visages ou de faune sauvage. Il faut savoir que 70% des indiens vivent à la campagne, et même si la population urbaine grossit de façon exponentielle, l’âme de l’Inde se découvre par ses routes rurales. Dans un pays où la fumée des usines et les nuisances de la circulation urbaine sont considérées comme des « progrès », les habitant des campagnes sont en grande majorité plus miséreux et sont vus ainsi par leurs concitoyens des villes. Selon ces nouvelles classes moyennes, le sous-développement si honteux du sous-continent ne peut prendre source que dans ses champs qui ne demandent qu’à être modernisés occidentalisés. Bien sûr, les blagues sur les agriculteurs fusent.

« Nous devons choisir entre l’Inde des villages, qui sont aussi anciens qu’elle, et l’Inde des villes, qui sont une création de la domination étrangère. »

Gandhi, 1952

C’est bien l’Inde de Gandhi que nous avons parcourue durant cette escapade au vert, l’Inde rurale originelle non souillée par ces enclaves de modernisme que représentent les villes pour le Mahatma, qui les assimile au Raj britannique. Le rendement offert par la Révolution verte a bien vite supplanté cette noble philosophie. Cependant, la campagne indienne ne se livre pas facilement : il faut parcourir une dizaine d’heures de train pour avoir la chance de l’apprécier. Ici, c’est dans une gare que débute tout voyage. De là, s’ensuivent de longues routes rectilignes à travers l’horizon, abimées par de multiples nids de poule et entrecoupées par des villages qui semblent s’agglutiner à ses bords.

Chaque kilomètre est un nouveau spectacle à découvrir : dépasser des camions multicolores traversant des états entiers à 30km/h, s’arrêter pour voir un serpent mort, se faire poursuivre par des singes, faire le compte des échoppes qui vendent du paan à chiquer, vaches immobiles au bord de la route, bergers qui traversent avec leurs troupeaux de chèvres, des gens qui font leurs besoins, des agriculteurs au loin qui labourent leurs champs desséchés ou inondés ou encore la beauté colorée des saris des femmes portant des paquets sur la tête ou un bébé dans les bras, parfois les deux.

Le must ? S’arrêter sur la route, au hasard, dans une « échoppe » et figer le temps en discutant et en buvant un chaï, un thé noir aux épices (cannelle, gingembre, cardamome, poivre noir, clous de girofle) agrémenté de lait.

C’est dans cette partie sud du Rajasthan, à l’est d’Udaipur et à peine au-dessus de la frontière avec l’état du Madhya Pradesh que l’on rencontre ces scènes uniques. Ici se dressent les Ârâvalli, une chaîne de montagnes de faible hauteur qui fait la frontière entre le désert du Thar et les lacs et les plaines de verdures que nous avons traversés. Un coin de paradis, hors des sentiers battus de l’état le plus touristique de l’Inde.

 

Monts Aravalli

Monts Aravalli

 

 

Hash Run

Comme je vous en parlais dans l’article précédent, j’ai été invité par Sanjay & Gloria, rencontrés à la soirée à l’extravagant Kingdom of Dreams, pour participer à une Hash Run ce samedi. C’est une course/jeu de piste/autre/indéfinissable/beuverie non compétitive entre expats et locaux de tous âges, organisée une fois par semaine et qui a pour but de faire découvrir des endroits sympas et insolites de Delhi. Pour les intéressés : http://www.hashesofdelhi.com

– C’est quoi ce truc ?

Le H.H.H n’est pas la dernière drogue de synthèse indienne, ça veut dire Hash House Harriers et c’est un jeu qui a été inventé en 1938 par des colons britanniques de Kuala Lumpur en Malaisie, inspiré de la chasse à courre. C’est une manière originale de découvrir les paysages d’un pays, tout en faisant un peu de sport. Il existe de nombreux chapters d’adeptes de ce jeu dans le monde entier, environ une par ville et plus en Europe et aux US. Une partie de Hash réunit plusieurs dizaines de personnes, parfois une centaine. Des rassemblements mondiaux, les interhashs, sont organisés tous les 2 ans, à chaque fois dans une région du monde différente. Ce jeu, empreint de l’humour britannique, possède tout un rituel de dérision qui s’exprime notamment par le jargon utilisé dans la pratique des courses. Son slogan ? « A drinking club with a running problem« 

– Oui mais… je comprends toujours pas !

Mais qu’est-ce donc que ce Hash dont vous ne comprenez toujours pas grand chose et dont vous soupçonnez fort qu’il implique une activité sportive de ma part qui vous laisse circonspect? Le matin même, deux hares (lièvres) vont repérer et établir un parcours balisé que les hounds (la meute), c’est-à-dire nous, allons suivre. Mais attention maraud :  ils vont aussi feinter et mettre des false trails qui indiquent qu’il faut faire demi-tour et trouver le bon chemin en amont. Ou encore des marques qui disent « c’est quelque part par là mais cherche mieux ». Celui qui a la flemme de chercher va crier « Are you…? » (« RU? ») au coureur de devant qui lui répondra « On-on » s’il est sur la bonne piste ou « back check  » s’il est sur la mauvaise. Tout ça se fait en courant. Évidemment, il ne s’agit pas d’une course : on s’en fout de qui arrive en premier ou qui a marché la moitié du chemin.

Les false trails et tout le reste servent à ce que les FTB (Front Running Bastards) soient ralentis pour que les DLF (Dead Fucking Lasts) sans devenir des SCB (Short Cutting Bastards), logique, non?

– Alors c’était comment ?

J’ai adoré!! Je suis arrivé au point de rendez-vous avec un Taïwanais à Delhi pour un Trade Committee et addict au hash depuis 30 ans (j’adore dire ça!), il y a même rencontré sa femme. LA question du moment était : tu cours ou tu marches? Aucune idée, au vu de l’état de mes poumons de fumeurs combiné à ma pratique minimale du sport, j’ai bien sûr répondu « JE COURS! » à l’allemande très charmante qui me le demandait. J’ai donc suivi le groupe des coureurs, qui n’allaient pas franchement à vive allure mais je n’avais aucune idée de la longueur du parcours. Tout ce que je savais, c’est qu’on allait être enfin en dehors du chaos permanent de Delhi pour être dans la nature, dans un endroit qui s’appelle Rajokri Protected Forest.

Devagiri Fort - Rajokri Protected Forest

Je savais juste qu’un point d’eau nous attendrait à 60% du parcours. Je commence donc à courir, essayant de capter et de capter les expression mystiques utilisées par les initiés telles que « checking » (quand on vérifie la piste) et autres « on-on« . Il ne faisait pas (trop) chaud, un petit 30°C, et c’était très agréable d’être un peu dans la nature….à Delhi! Le tout ponctué par le bruit des avions atterrissant à l’aéroport Indira Gandhi tout proche. Vous qui connaissez mon fétichisme pour les avions, vous savez à quel point j’ai du apprécier ce détail.

Plane Landing - Delhi Indira Gandhi

Le hash était long de 9,7km, que j’ai réussi à faire en un peu plus d’1h et en marchant sur les derniers kilomètres, après avoir traversé des chemins boueux, failli faire 3 crises cardiaques tellement j’étais essoufflé, perdu plus de sueur que mon corps pouvait en contenir ou encore fait travailler des muscles dont je n’avait aucune idée de leur existence. Après que le groupe des marcheurs nous ait rejoint, on a pris les voitures pour se diriger vers les Farms, immenses propriétés au sud de Delhi où j’avais déjà fait une pool party.

– On boit ?

Arrivés dans les Farms, en fait chez l’une des membres du Hash, ça s’est transformé en cérémonie ressemblant à une secte ou une veillée scoute, au choix. Le principe ? Tout le monde se met en cercle, autour d’un ou deux GM (Grand Master), ici un australien chauve-beauf-mais-marrant et une bosniaque-classe-et-cynique. Le but? Faire réagir toute la communauté et mettre en valeur quelques individus, uniquement dans le but de boire. En tant que virgin, j’ai eu droit à mon quart d’heure de célébrité : j’ai du expliquer ce que je fais à Delhi, combien de temps je reste, ce que j’aime boire, mes préférences sexuelles (j’ai répondu « holy cows & watermelons ») et engloutir un verre d’alcool sous les clameurs/chansons paillardes de la foule :

They’re true blue
They are hashers through and through
They are pisspots, so they say
They’ll never get to heaven, it’s a long long way Drinking down, down, down, down…

Chacun a droit a un petit quelque chose : le Taïwanais, en tant que visitor, a eu le même sort que moi mais assis sur un bloc de glace (us et coutumes du hash) tout comme le dernier arrivé de la course. Après cette « cérémonie » un peu étrange mais où personne ne se prend au sérieux, nous avons eu droit à un super buffet mexicain, la fête d’indépendance étant cette semaine (Viva Mexicoooooooooo !!!). La soirée a continué, agrémentée de quelques plongeons dans la piscine avant de me faire ramener dans le centre de Delhi. Je compte bien hasher à nouveau très prochainement !

– Oui mais… je comprends toujours pas

Une soirée au Kingdom of Dreams

Jeudi soir, je suis parti à Gurgaon à une soirée d’expats aux frais de Shanti Travel. J’ai pour la première fois pris le métro de Delhi, toujours en construction et qui est censé être fini pour les jeux du Commonwealth début octobre. Autant vous dire que personne n’y croit, sauf la municipalité, et certains pensent même que les travaux seront abandonnés après les jeux, les indiens préférant reporter la chose à un éventuel prochain grand évènement. Cependant, la partie qui marche du métro est ultramoderne, le scan des bagages + détecteurs de métaux à chaque entrée font qu’on a l »impression d’être à l’aéroport et ça fait surtout bizarre de survoler le traffic et de pouvoir se déplacer loin et rapidement à Delhi. Inutile de préciser qu’il est entièrement climatisé. Le tout pour seulement 18Rs (0,3€) le trajet. J’avais l’impression pendant un moment d’être en Europe…

Delhi Metro Platform

Delhi Metro Station

Delhi Metro Coach

Je suis ensuite arrivé à Gurgaon, qui est une ville presque « artificielle » : c’est le plus grand centre d’affaires du pays, avec les sièges locaux des plus principales multinationales opérant en Inde ainsi que certains conglomérats indiens (Airtel, Reliance,…). C’est aussi un lieux où le luxe ne se cache pas, le PIB/habitant est l’un des plus élevés d’Inde. D’immenses malls se sont construits autour des autoroutes comme le Mall of India ou le Kingdom of Dreams. C’est dans ce dernier que se déroulait la soirée et c’est un mix entre Disneyland et Las Vegas, l’argent et le vice en moins. C’est un projet d’1,5 milliard de Rs (25 millions d’€) qui a pour ambition de « changer la face de l’entertainment en Inde » ou encore « la réponse indienne à l’ Opera House de Sydney« , rien que ça! Ce sont près de 23 000 m² dédiés à la diversité de cultures et de paysages qui constituent l’Inde.

Kingdom of Dreams - Food Court

Achevé juste à temps pour les jeux du Commonwealth, le Kingdom of Dreams n’en est pas moins un temple dédié à la gloire nationaliste/patriotique. Le « royaume’ est constitué de cinémas géants qui diffuse des films de Bollywood, bars, discothèques et un food court où chaque état du pays est représenté dans un style local :

C’est donc à une réunion d’expats de Gurgaon, donc des vrais occidentaux, plus âgés, qui bossent dans des ambassades ou multinationales, et qui ont beaucoup d’argent. Et qui aimeraient bien partir de Delhi le week-end :  ils sont très occupés et, ça tombe bien, Shanti Travel est là pour eux! L’agence était représentée par 3 personnes : Arnold, un néerlandais, Ashish, un indien accompagné de sa copine brésilienne et moi-même dans une opération intense de networking, de buffet et de verres de whisky. Après moult échanges de business cards et autres amabilités, j’ai rencontré Gloria, une mexicaine qui travaille à l’ambassade et son mari, Sanjay, avec qui j’ai pas mal sympathisé en me remémorant mon semestre passé là-bas. Ils m’ont invité à une hash run ce samedi, une nouvelle aventure que je vous raconterai en détails dans un prochain article.

Shanti Travel : Our Destinations, by TripWow

Afin de vous faire rêver un peu, vous trouverez plus bas une vidéo, réalisée avec TripWow, un outil de TripAdvisor, qui présente les destinations de l’agence. Sit & enjoy the trip :