Les aventures d'un geek français perdu au milieu de nerds indiens

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✈ Back to India 2.0

24 décembre 2010

La France est recouverte de neige, Paris se gèle et on ne voit même plus sa Tour Eiffel à moins de s’y approcher de très près. CDG & Orly sont devenus des dortoirs géants, les passagers voyant tous leurs vols annulés ou retardés. Tous ? Non ! Un irréductible petit B777-ER d’Air India a persisté et s’est envolé pour Delhi – Indira Gandhi et ce, à l’heure ! Pas de business class cette fois-ci mais au moins j’ai pu croiser le Père Noël dans le ciel et atterrir le 25 décembre au matin en Inde… dans un froid glacial ! Ici rien n’est prévu pour ce climat, pas de chauffage mais beaucoup de substituts : couvertures, châles, écharpes, feux, chai… On relativise en se disant qu’il fera 50°C dans pas si longtemps, be careful what you wish for.

Air India B777-300ER

 

Cold India

Malgré cela, je suis très heureux de revenir à Delhi, j’ai repris mon boulot de geek chez Shanti Travel et je tends tous les jours encore un peu plus vers le côté obscur de la force : la face nerd de mon activité. En réalité, les contradictions de l’Inde m’ont beaucoup manqué, la routine parisienne avait déjà commencé à m’anesthésier. Le retour au chaos organisé ambiant, à la nourriture en delivery, aux amis, à un monde non aseptisé, à tout à moins d’un euro en constituent un cocktail impossible à retrouver ailleurs. Ce blog sur mes aventures de survie en Inde reprend donc, j’espère que vous prendrez toujours autant de plaisir à le parcourir.


Fin de la (première) partie

Voilà, c’est déjà la fin de la (première) partie… J’ai l’impression que ça fait en même temps 3 ans que je suis là et, d’un autre côté, 3 jours. Le temps est complètement distordu. Je ressens déjà le froid me parcourir le dos, dès la sortie de l’avion, dans le corridor pour rejoindre l’aéroport. Le retour en Europe annonce la fin de l’été, les joies de revoir tout le monde et, bien sûr, la nourriture française, qui paraît tant raffinée/pas épicée vue d’ici. Mais, après quelques shoot de fromage, vin ou de pain, l’Inde va commencer à me manquer, petit à petit, et des choses vont se rappeler à moi très vite : le chaos perpétuel de Delhi, la façon dont on peut parler à n’importe qui dans la rue, batailler et utiliser mes talents de négociateur avec les rickshaws :

« Okhla Phase 1 please.

– Sisty rupees.

– What ?! Ok, two thousand and we go.

(perdu) – Nei, Nei, sisty rupees.

– Fourty?

– Ok, ok, ok, ok… »

Merci à vous de m’avoir suivi dans mes délires sous-continentaux jusque là, l’aventure indienne et ce blog reviennent très vite.

Je prends le vol AF 225 pour Paris avec une arrivée à 6:30am lundi. Donc à bientôt, en vrai.


Hash Run

Comme je vous en parlais dans l’article précédent, j’ai été invité par Sanjay & Gloria, rencontrés à la soirée à l’extravagant Kingdom of Dreams, pour participer à une Hash Run ce samedi. C’est une course/jeu de piste/autre/indéfinissable/beuverie non compétitive entre expats et locaux de tous âges, organisée une fois par semaine et qui a pour but de faire découvrir des endroits sympas et insolites de Delhi. Pour les intéressés : http://www.hashesofdelhi.com

– C’est quoi ce truc ?

Le H.H.H n’est pas la dernière drogue de synthèse indienne, ça veut dire Hash House Harriers et c’est un jeu qui a été inventé en 1938 par des colons britanniques de Kuala Lumpur en Malaisie, inspiré de la chasse à courre. C’est une manière originale de découvrir les paysages d’un pays, tout en faisant un peu de sport. Il existe de nombreux chapters d’adeptes de ce jeu dans le monde entier, environ une par ville et plus en Europe et aux US. Une partie de Hash réunit plusieurs dizaines de personnes, parfois une centaine. Des rassemblements mondiaux, les interhashs, sont organisés tous les 2 ans, à chaque fois dans une région du monde différente. Ce jeu, empreint de l’humour britannique, possède tout un rituel de dérision qui s’exprime notamment par le jargon utilisé dans la pratique des courses. Son slogan ? « A drinking club with a running problem« 

– Oui mais… je comprends toujours pas !

Mais qu’est-ce donc que ce Hash dont vous ne comprenez toujours pas grand chose et dont vous soupçonnez fort qu’il implique une activité sportive de ma part qui vous laisse circonspect? Le matin même, deux hares (lièvres) vont repérer et établir un parcours balisé que les hounds (la meute), c’est-à-dire nous, allons suivre. Mais attention maraud :  ils vont aussi feinter et mettre des false trails qui indiquent qu’il faut faire demi-tour et trouver le bon chemin en amont. Ou encore des marques qui disent « c’est quelque part par là mais cherche mieux ». Celui qui a la flemme de chercher va crier « Are you…? » (« RU? ») au coureur de devant qui lui répondra « On-on » s’il est sur la bonne piste ou « back check  » s’il est sur la mauvaise. Tout ça se fait en courant. Évidemment, il ne s’agit pas d’une course : on s’en fout de qui arrive en premier ou qui a marché la moitié du chemin.

Les false trails et tout le reste servent à ce que les FTB (Front Running Bastards) soient ralentis pour que les DLF (Dead Fucking Lasts) sans devenir des SCB (Short Cutting Bastards), logique, non?

– Alors c’était comment ?

J’ai adoré!! Je suis arrivé au point de rendez-vous avec un Taïwanais à Delhi pour un Trade Committee et addict au hash depuis 30 ans (j’adore dire ça!), il y a même rencontré sa femme. LA question du moment était : tu cours ou tu marches? Aucune idée, au vu de l’état de mes poumons de fumeurs combiné à ma pratique minimale du sport, j’ai bien sûr répondu « JE COURS! » à l’allemande très charmante qui me le demandait. J’ai donc suivi le groupe des coureurs, qui n’allaient pas franchement à vive allure mais je n’avais aucune idée de la longueur du parcours. Tout ce que je savais, c’est qu’on allait être enfin en dehors du chaos permanent de Delhi pour être dans la nature, dans un endroit qui s’appelle Rajokri Protected Forest.

Devagiri Fort - Rajokri Protected Forest

Je savais juste qu’un point d’eau nous attendrait à 60% du parcours. Je commence donc à courir, essayant de capter et de capter les expression mystiques utilisées par les initiés telles que « checking » (quand on vérifie la piste) et autres « on-on« . Il ne faisait pas (trop) chaud, un petit 30°C, et c’était très agréable d’être un peu dans la nature….à Delhi! Le tout ponctué par le bruit des avions atterrissant à l’aéroport Indira Gandhi tout proche. Vous qui connaissez mon fétichisme pour les avions, vous savez à quel point j’ai du apprécier ce détail.

Plane Landing - Delhi Indira Gandhi

Le hash était long de 9,7km, que j’ai réussi à faire en un peu plus d’1h et en marchant sur les derniers kilomètres, après avoir traversé des chemins boueux, failli faire 3 crises cardiaques tellement j’étais essoufflé, perdu plus de sueur que mon corps pouvait en contenir ou encore fait travailler des muscles dont je n’avait aucune idée de leur existence. Après que le groupe des marcheurs nous ait rejoint, on a pris les voitures pour se diriger vers les Farms, immenses propriétés au sud de Delhi où j’avais déjà fait une pool party.

– On boit ?

Arrivés dans les Farms, en fait chez l’une des membres du Hash, ça s’est transformé en cérémonie ressemblant à une secte ou une veillée scoute, au choix. Le principe ? Tout le monde se met en cercle, autour d’un ou deux GM (Grand Master), ici un australien chauve-beauf-mais-marrant et une bosniaque-classe-et-cynique. Le but? Faire réagir toute la communauté et mettre en valeur quelques individus, uniquement dans le but de boire. En tant que virgin, j’ai eu droit à mon quart d’heure de célébrité : j’ai du expliquer ce que je fais à Delhi, combien de temps je reste, ce que j’aime boire, mes préférences sexuelles (j’ai répondu « holy cows & watermelons ») et engloutir un verre d’alcool sous les clameurs/chansons paillardes de la foule :

They’re true blue
They are hashers through and through
They are pisspots, so they say
They’ll never get to heaven, it’s a long long way Drinking down, down, down, down…

Chacun a droit a un petit quelque chose : le Taïwanais, en tant que visitor, a eu le même sort que moi mais assis sur un bloc de glace (us et coutumes du hash) tout comme le dernier arrivé de la course. Après cette « cérémonie » un peu étrange mais où personne ne se prend au sérieux, nous avons eu droit à un super buffet mexicain, la fête d’indépendance étant cette semaine (Viva Mexicoooooooooo !!!). La soirée a continué, agrémentée de quelques plongeons dans la piscine avant de me faire ramener dans le centre de Delhi. Je compte bien hasher à nouveau très prochainement !

– Oui mais… je comprends toujours pas

AF 226 to Delhi – Indira Gandhi

Je suis donc parti le 14 juillet dernier à bord d’un A330-200 d’Air France. En arrivant à CDG, récemment évalué comme le pire aéroport du monde, une surprise m’attendait au comptoir d’enregistrement :

« Mr. Bardavid, vous êtes en business.
– Haaa, la bonne blague!
– Non je vous assure, regardez vous-même »
Là dessus il me tend ma carte d’embarquement et je vois le siège 06K. Tout excité, je lui demande ce qui me vaut tant d’honneurs de la part de la compagnie : « Vous voyagez souvent, grâce à votre stock de miles vous avez été surclassé ». Parfait!
Tout de suite, ça a été moins difficile de quitter Paris!

J’ai passé un vol très agréable de 10h sur un siège comme ça. Le « businessclassman » assis à côté de moi était un français dont l’activité était assez obscure, il possédait des boites de : consulting, d’effets spéciaux pour Bollywood et d’autres trucs chiants (bois/construction et nourriture).
J’ai bien évidemment eu droit au champagne à volonté, qui m’a bien aidé à dormir, du foie gras, ainsi qu’un menu assez alléchant dont voici les détails :

Arrivée de nuit à l’aéroport Indira Gandhi, 1h d’attente de rigueur pour les formalités douanières. Oui les indiens sont très tatillon dès que ça touche à l’administratif, au bureaux, aux papiers officiels. Mais ça, on va y revenir, notamment lors de mon aventure au FRRO. Après le douanier zêlé, un chauffeur tout barbu de Shanti Travel m’attendait avec un panneau sur lequel était écrit « Rodian Bardajid ». Sachant que pendant tout ce temps là, j’étais passé du 15°C climatisé de l’avion au 38°C humide de Delhi. On est ensuite parti vers GK1, le quartier où se situe l’appart de la boîte dans lequel j’ai résidé les cinq premiers jours.