Les aventures d'un geek français perdu au milieu de nerds indiens

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« Parias » de Pascal Bruckner

Voici quelques extraits du livre que je lis en ce moment, Parias, de Pascal Bruckner qui décrit l’attrait et la répulsion pour l’Inde d’un jeune journaliste français en mission. Et c’est exactement ça que je ressens. Ca m’arrive de me poser et de me dire « c’est quand même fou, tu es à New Delhi (!), en Inde (!), dans un pays magique, incroyablement beau et que tu aimes profondément » et, 5 mn plus tard, de me demander ce que je suis venu faire dans ce pays de fou et de fous. Je comprends désormais la séduction particulière que Mother India peut exercer sur les étrangers. J’ai donc choisi quelques passages, parfois criants de vérité, parfois un peu exagérés mais qui reflètent tout de même une certaine réalité.

« Dans cette société très stratifiée, la cuisine représente un contre-modèle. Le système assigne chacun à sa naissance et à sa caste ; elle dit les joies du métissage, du mélange. Le curry symbolise l’Inde parce qu’il rassemble sous son toit tant de religions et de peuples divers. L’épice est un lubrifiant : elle accélère la digestion et fédère les aliments. Mais non sans les dissimuler. Dans ces ragoûts ténébreux se mijotent d’affreuses conspirations. On vous cache tout ce que vous mangez. Et tout devient digeste dès qu’il est enrobé par ces terribles ingrédients. C’est une nourriture pour aveugles. D’où l’incertitude légitime de l’européen : quel est ce produit que l’on me sert ? Cette carotte est-elle une honnête carotte ? Ici, pas de cette franchise puritaine de la cuisine américaine qui doit toujours décliner son identité, son poids, son origine, sa date de naissance avant d’être jugée comestible. Au contraire des pays démocratiques, en Inde on mêle les denrées parce qu’on sépare les hommes. En avalant ces trésors parfumés, on communie avec l’univers.« 

« -En somme, chaque repas est un évènement à haut risque?                                                                                                                                                      – Pour les intestins, oui. Cette cuisine qui a le défaut de tout noyer sous le même goût – mais quel goût ! -suscite une explosion terrible dans le palais. C’est un incendie qui commence aux lèvres, se propage aux organes et ne s’éteint jamais tout à fait car le lendemain, à l’évacuation, l’épice se venge encore et se rappelle à votre bon souvenir par ce dernier pincement à la muqueuse. »

« Qu’est-ce qu’une pareille nation, sinon une vraie fosse d’aisance où les grands sages, plutôt que de prêcher l’amour du prochain, sont obsédés par leurs intestins. Même Gandhi, même lui. Voilà ce que seule une pensée prêchant la négation de la vie, au lieu d’une solidarité active entre les hommes, pouvait engendrer. La subjugation de la souffrance humaine par la passivité ! La République indienne n’est certainement pas une terre de contrastes. Ici aucun conflit entre l’ancien et le nouveau : ce qui se donne comme neuf est déjà si poussiéreux et vieillot qu’il est avalé par la tradition. Incontestablement, les indiens sont les meilleurs antiquaires, les seuls à pouvoir donner à un immeuble en construction une apparence de ruine. Rien n’est moderne, pas même les réacteurs atomiques rafistolés avec des bouts de ficelle. Je vous le dis Frédéric, l’Inde est un long poème qui commence dans l’azur et finit dans l’égout. C’est le contraire de l’alchimie poétique : donnez-moi de l’or, j’en ferai de la boue. »

« La seule vérité, c’est qu’il adorait l’Inde et qu’elle le fascinait, le révoltait, le surprenait et le bouleversait à la fois. Il disait lui-même : « Je voue un culte à l’Inde le matin, l’exècre à midi, l’aime à nouveau après le déjeuner, la méprise au crépuscule et l’adore une autre fois le soir. » Son attitude était celle d’un sceptique épicurien. »

« Tuer la vache entraînerait catastrophe et sècheresse ainsi que la confusion des castes, début de la décadence. »


FAQ – Ce que vous avez toujours voulu savoir sans jamais me le demander

Je vais essayer de vous expliquer ici les raisons de mon départ, ce que je fais ici et dans quel contexte.

– Tu es où en Inde ?

Je vis et travaille à Delhi, capitale de l’Inde qui est un état à elle toute seule, le Capital Territory of Delhi pour plus de 20 millions d’habitants. La ville, gigantesque, est divisée en 2 :

  • Old Delhi au nord, qui ressemble à ça et qui est chaotique, bruyante, puante avec des rues bordéliques, les indiens qui harcèlent pour vendre tout et n’importe quoi et des touristes, et des hôtels moches à touristes. Mais c’est aussi un endroit riche d’histoire et de culture, vieux de plus de 3 000 ans, et qui abrite le Red Fort ou la Mosquée Jama Masjid.
  • New Delhi, au Sud, beaucoup plus tranquille (et riche) avec des quartiers reliés entre eux par de larges avenues, des blocs de maisons avec market au milieu où on trouve absolument tout. Bien plus agréable pour y vivre donc.

– Pourquoi l’Inde ?

« On va en Inde pour savoir pourquoi on va en Inde », Régis Airault, Fous de l’Inde : Délires d’Occidentaux et sentiment océanique

Je viens de finir mes études et j’ai TRES peur de tomber dans une routine parisienne. Quitte à être sur internet et excel toute la journée, autant l’être à l’autre bout du monde. Je voulais un pays suffisamment loin et différent de la France, dépaysant et avec une culture extrêmement riche, afin d’être surpris à chaque fois que je sors dans la rue.  Je me suis donc mis en tête de chercher le dream job à l’étranger et j’ai passé quelques mois à postuler à des offres un peu partout jusqu’à ce que je tombe sur cette annonce à Delhi. L’Inde est un pays que je connaissais déjà, où j’ai voyagé dans le Sud l’année dernière (les photos , et ) et l’opportunité d’y retourner m’a tout de suite donné envie.

– Mais t’as pas peur d’aller en Inde?

Certes, partir vers ce genre de destinations peut s’avérer complexe au premier abord : extrême pauvreté, stratification sociale différente, saleté omniprésente, pollution… le choc culturel peut-être grand et il faut donc s’y préparer. J’ai donc lu quelques livres sur l’Inde : L’équilibre du monde, de Rohinton Mistry, Le grand roman indien, de Shashi Tharoor et Les après-midi d’un fonctionnaire très déjanté de Upamanyu Chatterjee. Bien que l’Inde du Sud soit très différente du Nord, mon voyage de l’année dernière a pu me donner un bon avant-goût. De plus, mon expérience au Mexique m’a permis de comprendre instinctivement comment les choses fonctionnent dans ce type de pays.

– Tu travailles où ?

Je bosse pour Shanti Travel, une agence de voyage spécialisée dans le sous-continent indien, donc l’Inde mais pas que : Népal, Bhoutan, Tibet, … Ce sont des voyages sur-mesure, orientés luxe/aventure avec une vocation culturelle et de découverte. L’équipe se compose d’une soixantaine de personnes, moitié indiens, moitié français et les bureaux sont à 15mn en rickshaw de chez moi, ce qui n’est rien comparé à l’immensité de Delhi combinée au traffic.

– Tu y fais quoi ?

Je m’occupe principalement de la communication web. Ma mission prioritaire est de gérer les campagnes Google, à travers l’interface AdWords qui fait que vous voyez cette pub (la 1ere qui apparaît sous la barre de recherche) quand vous tapez tel mot-clé. Les mot-clés sont vendus aux enchères et, depuis que j’ai commencé, je me suis pris au jeu et AdWords est devenu une véritable addiction. Mais il n’y a pas que Google dans la vie, je gère aussi les campagnes de search Bing & Yahoo. Heureusement, je ne fais pas que du quanti toute la journée, je m’occupe aussi de gérer la présence de l’agence sur les réseaux sociaux, à savoir Facebook et Twitter, dont la timeline ressort en bas à droite de ce blog. Enfin, je suis aussi sur un grand chantier, un projet de développement de nouveaux sites satellites, spécialisés par destination (Rajasthan, Inde du Sud,…) ou activité (Trek, Plongée) où je dois donner mon input, tenter de faire respecter les deadlines par les équipes de développement et de design, ce qui n’est pas une mince affaire.

– Tu vis où ?

Quand je suis arrivé, j’ai vécu pendant 5 jours dans un appart qui appartient à Shanti. Trouver un logement correct n’est pas une chose facile à Delhi et des personnes cherchaient depuis déjà près d’un mois. On a donc pris une mesure radicale en prenant un broker qui nous a trouvé un super appart. Je vis donc avec un suisse et un français, qui bossent aussi dans la même boîte mais un étage au-dessus en tant que Travel Advisor. On a 3 chambres, 3 salles de bain, 1 grand salon, 1 cuisine et un rooftop.

Voilà, vous savez à peu près tout, n’hésitez pas à mettre vos autres questions en commentaires.