Les aventures d'un geek français perdu au milieu de nerds indiens

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Outsourced

Outsourced est LA nouvelle sitcom de la saison sur la chaîne NBC. La diffusion a commencé en septembre dernier dans une Amérique mise sous pression par les délocalisations. Elle raconte l’histoire de Todd, un jeune américain fraichement diplômé travaillant dans un call center. L’entreprise qui l’emploie vend des gadgets « de bon goût » au bon samaritain américain, tels que des tasses en forme de toilette, du faux vomi, des tirelires en forme de fesses… Notre jeune Todd tout plein d’entrain arrive donc un matin et voit les bureaux complètement vides : tout le monde s’est fait virer. Il a alors le choix : se faire virer à son tour, avec le poids de son prêt étudiant à rembourser, ou bien aller diriger le fameux call-center délocalisé…. en Inde!

 

La série repose donc sur les différences entre nos cultures, Todd va devoir apprendre comment fonctionne l’Inde au travail, gérer Rajiv, son second qui veut prendre sa place [« Your success is my success…but your failure is also my success« ], Asha, la belle promise à un mariage forcé, Manmeet, qui ne rêve que d’une carte verte, Madhuri, embauchée à la base par Rajiv juste pour se faire virer et servir d’exemple parce que de caste inférieure ou encore Gupta, qui ne peut s’empêcher de parler.

Chacun des épisodes de 20 mn montrent des facettes toujours plus déjantées de l’Inde, où il y a tellement de festivals que les employés en profitent pour en inventer un afin de sécher le boulot, un autre expat qui alerte Todd sur les épices « Do you hate your own ass ? If you eat that, you’ll be crapping yourself for 5 days. Not talking about 2 days, 3 days or 4 days and a little… I’m talking about 5 full days« , « I like redheads. And blondes…and dark-haired wome » déclare le jeune Manmeet qui doit surement encore vivre chez ses parents attendant qu’ils le marient, épeler avec des références indiennes « P…like Punjab, K…like Krishna« . Outsourced est un peu comme ce blog : parfois exagéré, parfois criant de vérité. Certes je ne vais pas au toilettes pendant 5 jours à chaque fois que je mange un peu épicé mais c’est vrai qu’il y a des jours où les indiens ne viennent pas au bureau parce que c’est l’un des nombreux festivals hindous – et qu’ils auraient très bien pu totalement inventer l’existence de ce festival personne ne serait aller vérifier. Hier soir encore, une autre célébration a encore eu lieu en bas de chez moi et des gens ont allumé un feu et se sont mis à jouer une musique rythmée et entrainante. J’ai aussi dû apprendre presque par cœur des « références locales communes » pour quand j’épèle des mots : « D… like Delhi, E..like Elephant« .

Outsourced, d’ores et déjà confirmée par NBC jusqu’en juin prochain, a effectué de beaux scores d’audience outre Atlantique. Mais la diffusion a engendré une double polémique. La première, sur les délocalisations (littéralement « externalisations ») qui sont devenues un sujet sensible. En effet, dans une Amérique en pleine récession où les gens perdent tour à tour leur job, faire de l’humour sur leur situation n’est pas vu d’un très bon œil, d’autant plus que le secteur des services et en particulier celui ces call center, qui a été l’une des premières « victimes » de ce phénomène. Aujourd’hui, les indiens sont de plus en plus qualifiés et des entreprises outsourcent des pans entiers de leur organisation en Inde : comptabilité, juridique, … En France, c’est le cas avec les plates formes téléphoniques installées au Maghreb et les nombreux reportages de Capital sur M6 que l’on connaît tous. Seulement je doute fortement voir apparaître prochainement sur nos écrans une série similaire avec des marocains.

 

La seconde polémique s’est portée sur l’humour d’Outsourced et dans quelle mesure il n’était pas raciste de se moquer à ce point des indiens, leur identité et leur culture. Pourtant, et c’est clair dès le pilote, les américains et leur culture consumériste en prennent aussi pour leur grade, puisque ce sont eux qui achètent les gadgets inutiles vendus par l’équipe de télévendeurs. Todd l’explique lui-même très bien : « This is America, this is liberty : the power to buy anything we want, even if we don’t need it ». De l’autre côté, des indiens qui essaaient tant bien que mal d’acquérir cette culture qui leur paraît tellement éloignée de leurs valeurs, comme Madhuri la timorée qui réussit à vendre un faux excrément à un étudiant qui veut piéger ses colocs et qui réussit à lui vendre aussi du faux vomi avec un argument imparable : « Well, it makes me sick to look at it« .

Outsourced est une série vraiment drôle, pourtant avec un sujet qui ne s’y prête guère, les externalisations. Son humour est créatif et va au-delà des clichés. Se moquer des symboles culturels est un pari osé, mais ça reste de l’entertainment : la série ne résout ni la crise, ni le racisme mais ça détend et fait sourire… un peu comme ce que je tente de faire ici.

La bande-annonce :

Le générique :

✈ Back to India 2.0

24 décembre 2010

La France est recouverte de neige, Paris se gèle et on ne voit même plus sa Tour Eiffel à moins de s’y approcher de très près. CDG & Orly sont devenus des dortoirs géants, les passagers voyant tous leurs vols annulés ou retardés. Tous ? Non ! Un irréductible petit B777-ER d’Air India a persisté et s’est envolé pour Delhi – Indira Gandhi et ce, à l’heure ! Pas de business class cette fois-ci mais au moins j’ai pu croiser le Père Noël dans le ciel et atterrir le 25 décembre au matin en Inde… dans un froid glacial ! Ici rien n’est prévu pour ce climat, pas de chauffage mais beaucoup de substituts : couvertures, châles, écharpes, feux, chai… On relativise en se disant qu’il fera 50°C dans pas si longtemps, be careful what you wish for.

Air India B777-300ER

 

Cold India

Malgré cela, je suis très heureux de revenir à Delhi, j’ai repris mon boulot de geek chez Shanti Travel et je tends tous les jours encore un peu plus vers le côté obscur de la force : la face nerd de mon activité. En réalité, les contradictions de l’Inde m’ont beaucoup manqué, la routine parisienne avait déjà commencé à m’anesthésier. Le retour au chaos organisé ambiant, à la nourriture en delivery, aux amis, à un monde non aseptisé, à tout à moins d’un euro en constituent un cocktail impossible à retrouver ailleurs. Ce blog sur mes aventures de survie en Inde reprend donc, j’espère que vous prendrez toujours autant de plaisir à le parcourir.

Fin de la (première) partie

Voilà, c’est déjà la fin de la (première) partie… J’ai l’impression que ça fait en même temps 3 ans que je suis là et, d’un autre côté, 3 jours. Le temps est complètement distordu. Je ressens déjà le froid me parcourir le dos, dès la sortie de l’avion, dans le corridor pour rejoindre l’aéroport. Le retour en Europe annonce la fin de l’été, les joies de revoir tout le monde et, bien sûr, la nourriture française, qui paraît tant raffinée/pas épicée vue d’ici. Mais, après quelques shoot de fromage, vin ou de pain, l’Inde va commencer à me manquer, petit à petit, et des choses vont se rappeler à moi très vite : le chaos perpétuel de Delhi, la façon dont on peut parler à n’importe qui dans la rue, batailler et utiliser mes talents de négociateur avec les rickshaws :

« Okhla Phase 1 please.

– Sisty rupees.

– What ?! Ok, two thousand and we go.

(perdu) – Nei, Nei, sisty rupees.

– Fourty?

– Ok, ok, ok, ok… »

Merci à vous de m’avoir suivi dans mes délires sous-continentaux jusque là, l’aventure indienne et ce blog reviennent très vite.

Je prends le vol AF 225 pour Paris avec une arrivée à 6:30am lundi. Donc à bientôt, en vrai.

« Parias » de Pascal Bruckner

Voici quelques extraits du livre que je lis en ce moment, Parias, de Pascal Bruckner qui décrit l’attrait et la répulsion pour l’Inde d’un jeune journaliste français en mission. Et c’est exactement ça que je ressens. Ca m’arrive de me poser et de me dire « c’est quand même fou, tu es à New Delhi (!), en Inde (!), dans un pays magique, incroyablement beau et que tu aimes profondément » et, 5 mn plus tard, de me demander ce que je suis venu faire dans ce pays de fou et de fous. Je comprends désormais la séduction particulière que Mother India peut exercer sur les étrangers. J’ai donc choisi quelques passages, parfois criants de vérité, parfois un peu exagérés mais qui reflètent tout de même une certaine réalité.

« Dans cette société très stratifiée, la cuisine représente un contre-modèle. Le système assigne chacun à sa naissance et à sa caste ; elle dit les joies du métissage, du mélange. Le curry symbolise l’Inde parce qu’il rassemble sous son toit tant de religions et de peuples divers. L’épice est un lubrifiant : elle accélère la digestion et fédère les aliments. Mais non sans les dissimuler. Dans ces ragoûts ténébreux se mijotent d’affreuses conspirations. On vous cache tout ce que vous mangez. Et tout devient digeste dès qu’il est enrobé par ces terribles ingrédients. C’est une nourriture pour aveugles. D’où l’incertitude légitime de l’européen : quel est ce produit que l’on me sert ? Cette carotte est-elle une honnête carotte ? Ici, pas de cette franchise puritaine de la cuisine américaine qui doit toujours décliner son identité, son poids, son origine, sa date de naissance avant d’être jugée comestible. Au contraire des pays démocratiques, en Inde on mêle les denrées parce qu’on sépare les hommes. En avalant ces trésors parfumés, on communie avec l’univers.« 

« -En somme, chaque repas est un évènement à haut risque?                                                                                                                                                      – Pour les intestins, oui. Cette cuisine qui a le défaut de tout noyer sous le même goût – mais quel goût ! -suscite une explosion terrible dans le palais. C’est un incendie qui commence aux lèvres, se propage aux organes et ne s’éteint jamais tout à fait car le lendemain, à l’évacuation, l’épice se venge encore et se rappelle à votre bon souvenir par ce dernier pincement à la muqueuse. »

« Qu’est-ce qu’une pareille nation, sinon une vraie fosse d’aisance où les grands sages, plutôt que de prêcher l’amour du prochain, sont obsédés par leurs intestins. Même Gandhi, même lui. Voilà ce que seule une pensée prêchant la négation de la vie, au lieu d’une solidarité active entre les hommes, pouvait engendrer. La subjugation de la souffrance humaine par la passivité ! La République indienne n’est certainement pas une terre de contrastes. Ici aucun conflit entre l’ancien et le nouveau : ce qui se donne comme neuf est déjà si poussiéreux et vieillot qu’il est avalé par la tradition. Incontestablement, les indiens sont les meilleurs antiquaires, les seuls à pouvoir donner à un immeuble en construction une apparence de ruine. Rien n’est moderne, pas même les réacteurs atomiques rafistolés avec des bouts de ficelle. Je vous le dis Frédéric, l’Inde est un long poème qui commence dans l’azur et finit dans l’égout. C’est le contraire de l’alchimie poétique : donnez-moi de l’or, j’en ferai de la boue. »

« La seule vérité, c’est qu’il adorait l’Inde et qu’elle le fascinait, le révoltait, le surprenait et le bouleversait à la fois. Il disait lui-même : « Je voue un culte à l’Inde le matin, l’exècre à midi, l’aime à nouveau après le déjeuner, la méprise au crépuscule et l’adore une autre fois le soir. » Son attitude était celle d’un sceptique épicurien. »

« Tuer la vache entraînerait catastrophe et sècheresse ainsi que la confusion des castes, début de la décadence. »

Trip to Southern Rajasthan (2/2)

[Previously on SurvivorIndia…]

Le lendemain, départ matinal pour Kota pour aller visiter un hôtel, le Umed Bhawan Palace, immense palais de Maharaja datant de deux siècles, elle a aussi servi de résidence aux colons anglais. Et on sent encore l’influence british : salle de billard immense avec des animaux empaillés ou encore une grande salle de bar à l’ancienne avec fauteuils rembourrés.

Umed Bhawan Palace, Pool

On a ensuite repris la voiture pour aller voir le Bhainsrorgarh Fort, magnifique hôtel situé au dessus d’une colline qui surplombe une rivière à plus d’une centaine de mètres de hauteur. Chaque chambre a un balcon à couper le souffle et c’est l’un des plus beaux établissements que nous avons eu l’occasion de voir ce week-end.

Bhainsrorgarh Fort

View from Bhainsrorgarh Fort

Le soir, nous avons dormi au Bassi Fort Palace, charmant palais de Maharaja, qui appartient toujours aujourd’hui à la famille du souverain. Il est dirigé par un vieux monsieur, ancien général de l’armée indienne avec plein d’histoires à raconter et qui a opéré  à toutes les frontières sensibles du pays : Chine, Pakistan, Bangladesh … Il a fait toutes les frontières sensibles de l’Inde (c’est-à-dire à peu près toutes sauf les maritimes). L’imposante demeure, qui date du XVIe siècle, est constitué d’une dizaine de chambres seulement. J’ai eu ma chambre perso, avec le king size bed dans une chambre magnifique, très colorée et très confortable. La nourriture a été également délicieuse.

Bassi Fort Palace

Bassi Fort Palace

Le lendemain, direction Chittorgarh, petit village situé lui aussi sur une colline. Il accueille en son sein le plus grand fort de l’Inde, près de 280 hectares, dont l’histoire rappelle un peu celle de Massada en Israël : assiégée de nombreuses fois, la ville fut l’une des plus disputées du pays. Mais les habitants ont toujours préféré mourir plutôt que de se rendre à quiconque. Le fort abrite également la Vijay Stambha (ou Tour de la Victoire), tour de 37 mètres de haut construite au XIVe siècle, faite de pierres et de marbre, destinée à améliorer les défenses et repérer les envahisseurs.  Cette citadelle en ruine est un symbole du courage et de la noblesse des traditions rajpoutes, en même temps que de l’aspiration de l’Inde tout entière à la liberté. Par conséquent, cet ensemble est visité par beaucoup plus de touristes indiens que d’occidentaux. Et c’était incroyable de voir des femmes tribales magnifiquement vêtues, avec des piercings incroyables. Bien sûr, nous étions les 3 blancs extraterrestres avec qui tout le monde voulait être pris en photo. Drôle au début, nous sommes vites devenus des bêtes de foire. Pour pallier à ça, on a opté pour une solution radicale :

Maharaja Style

Vijay Stambha

Le soir, nous nous sommes retirés à l’Aranyawas, charmant hôtel au milieu de la nature. Pas de réseau, pas de connexion internet, on était à flanc de colline, avec des chambres qui donnaient sur une vallée verdoyante des monts Aravalli et un petit ruisseau relaxants. La piscine? Orientée plein sud avec une vue magnifique sur la verdure environnante.

Aranyawas

Enfin, le dernier jour, nous avons visité les temples jaïns de Ranakpur, très différents de ceux que l’on a pu voir jusqu’à présent. La construction eut lieu au milieu du XVe siècle  et aboutit à un temple immense, formé de 29 salles, comportant 80 coupoles portées par 420 piliers. Le bâtiment est censé compter un total de 1444 piliers tous sculptés avec une ornementation différente. L’ensemble est fait de marbre blanc dont chaque centimètre carré a été scrupuleusement sculpté et ornementé.

Temple de Ranakpur

Temple de Ranakpur

Le  dernier jour, direction la célèbre Udaipur que j’avais hâte de visiter. Déclarée unanimement « ville la plus romantique d’Inde », on a plutôt découvert une grande ville, avec son traffic et ses bruits, nous qui venions de passer quelques jours dans la campagne et le vert. Cependant le lac était rempli, prêt à déborder à cause des fortes pluies de la mousson et la vue vaut quand même le détour.

Lake of Udaipur

Retour en train depuis la gare d’Udaipur à bord du Mewar Express en direction de Delhi. Trajet : 12h. Classe : Sleeper Class mais on a changé pour une 2AC, en raison du bruit infernal de la locomotive. Du coup on s’est retrouvé à côté d’un indien assez pesant, qui parlait très bien anglais mais qui pensait tout nous apprendre sur l’Inde et essayer de nous convertir à un régime végétarien.

Train Udaipur - Delhi